Innover

Pour trouver une idée brillante, les entreprises ont-elles intérêt à solliciter leurs clients ? Une foule d’amateurs est-elle plus créative que des professionnels ? Dans quelles conditions le crowdsourcing peut-il générer de véritables innovations ?

Pour la première fois, une équipe de chercheurs, Ales Popovic (professeur à NEOMA), Jie Ren, Yue Han, Yegin Genc, William Yeoh, ont mené des expériences pour répondre à ces questions.  « Notre étude est l’une des premières tentatives d’identifier les limites du crowdsourcing, de les comprendre et de les surmonter. Et donc de concevoir des systèmes de crowdsourcing performants », notent-ils.

 

1/ IDENTIFIER LES LIMITES DU CROWDSOURCING

Bonne nouvelle :  selon les recherches, la foule est particulièrement inventive quand il s’agit de tâches « généralistes ». En effet, il est assez simple pour elle de réfléchir à la conception et la fabrication d’un objet de son quotidien, par exemple une chaise, une armoire, un système d’arrosage…  Sur ces sujets, elle surpasse aisément les experts.

La marque Starbucks, par exemple, l’a bien compris. Elle a ouvert un site de crowdsourcing « My starbucks ideas » où les clients actuels ou futurs déposent leurs idées. Un bon moyen de les engager.

En revanche, la foule aura bien du mal à imaginer de nouvelles solutions quand il s’agit de tâches « spécialisées ». Des innovations sur une centrale nucléaire ou un panneau solaire- par exemple- demandent en effet des connaissances pointues et techniques. Elles restent l’apanage des professionnels qui sont alors beaucoup plus créatifs que tous les esprits d’amateurs réunis.

Dans ce cas, la foule ne peut-elle apporter aucune contribution dès lors qu’il s’agit d’une tâche spécialisée, dès lors qu’elle manque de savoir, ou de vue d’ensemble, dès lors qu’il s’agit d’une centrale nucléaire ou solaire ? Pas si simple. « Nos expériences l’ont prouvé : si l’on confie une tâche spécialisée à la foule, les idées seront plus originales et plus pratiques que celles des experts », explique les chercheurs. Mais à certaines conditions.

 

2/ DEPASSER LES LIMITES DU CROWDSOURCING

Pour pouvoir être créatif, il faut donc disposer de quelques savoirs. Qu’à cela ne tienne : la foule peut elle aussi acquérir ces connaissances. Les individus peuvent surtout apprendre les uns des autres et progressivement comprendre les tenants et les aboutissants. « Par conséquent, la diversité des profils dans la foule, donc des expériences et des connaissances, peut contribuer à la créativité collective. Cette somme de compétences, qui sera alors très large, permet de dépasser les limites du crowdsourcing », précise Ales Popovic.

 

3/ CREER DES SYSTEMES DE CROWDSOURCING PERFORMANTS

« Consciente de cette relation entre la connaissance et la créativité, notre étude explore des solutions potentielles pour améliorer cette créativité de la foule sur des sujets complexes », indiquent les chercheurs. Pour augmenter les connaissances de la foule, ils suggèrent de concevoir des systèmes d’information : ces derniers augmentent l’interaction entre les membres et permettent à la foule de partager les savoirs.

Concrètement ? Par exemple, l’entreprise peut ouvrir des forums sur lesquels chacun peut poser des questions, répondre, participer aux conversations, lancer des idées. Elle peut aussi afficher les suggestions de chacun sur un site dont les membres peuvent ensuite s’emparer et améliorer.

A l’image de Thingiverse, un site web dédié au partage de fichiers de conception numérique. Cette communauté 3D permet aux utilisateurs d’inventer à partir d’objets imaginés par les autres. Un process qui favorise l’apprentissage.

Les chercheurs suggèrent également de sélectionner les tâches soumises au crowdsourcing, et de les diviser en sous-tâches « en fonction du domaine de connaissances ou du niveau d’expertise, ce qui pourrait réduire la difficulté de trouver un membre de la foule pour réaliser cette tâche ».

Amazon Mechanical Turk illustre cette solution. Créé en 2005 par le géant américain, cette plateforme permet de faire réaliser des travaux plus ou moins complexes par des personnes qui ont les compétences pour ces tâches spécifiques. Il s’agit souvent d’analyser ou de produire de l’information dans des domaines où l’intelligence artificielle est encore trop peu performante. Elle fait ainsi correspondre les connaissances de quelques-uns aux exigences de la tâche.

En s’appuyant sur le bon système, le crowdsourcing est un moyen rentable d’innover, de créer une marque, de commercialiser un produit, ou de s’engager auprès de sa clientèle.

 

Article de recherche : 

Jie Ren, Yue Han, Yegin Genc, William Yeoh, Aleš Popovič, The boundary of crowdsourcing in the domain of creativity✰, Technological Forecasting and Social Change, Volume 165, 2021, 120530

 

23 septembre 2021
Ales Popovic

L'AUTEUR

Ales Popovic

Professeur NEOMA BS

Ales Popovic is a Full Professor of Information Systems at NEOMA Business School. His areas of research interest are focused on the study of how ISs provide value for people, organizations, and markets. He studies IS value in organizations, digitalization, AI, behavioral and organizational issues in IS, and IT in inter-organizational relationships. Ales has published his research in a variety of academic journals, such as Journal of the Association for Information Systems, Journal of Strategic Information Systems, Decision Support Systems, Information Systems Frontiers, Government Information Quarterly, Technological Forecasting and Social Change, and Journal of Business Research. Dr. Popovic is on the Editorial Board of International Journal of Information Management, Industrial Management & Data Systems, and Information Systems Management.